La tablette dit adieu au 20e siècle [Texte de M Larose]

Larose_SylvainSuite à la lecture de ce billet rédigé par Marc-André Girard, Sylvain Larose a voulu prendre la peine de répliquer en offrant une réflexion, un peu à la manière d’un pastiche, sur le rôle que l’appareil numérique dans notre pédagogie. Plutôt que de donner la parole à un élève fictif ou encore au cahier d’exercices comme l’a fait M Girard, cette réplique propose d’entendre ce que la tablette a de merveilleux à dire d’elle-même.

À la demande de M Larose, enseignant d’univers social au Collège de Montréal, nous acceptons de publier cet article. Les idées exprimées dans ce billet sont celles de son auteur et non du Didacticien.


Et voilà! Après quelques résistances de la part de gens qui vivent dans un autre siècle, moi, la tablette, je suis de plus en plus présent entre les mains d’élèves de tout âge, en classe comme à la maison.

Et il était temps.

Vous êtes passé très proche de la catastrophe.

En effet, tous les jeunes étaient branchés sur moi, et pas vous.

Les jeunes me manipulent avec brio : à deux doigts, assis, en montant les marches, en regardant la télé, en parlant… Bref, ils me sont branchés. Je suis devenu leur Univers.

Mais heureusement, certains d’entre vous ont vu la Lumière.

Ils ont fait des forums et des pages internet qu’ils m’ont dédiées. Ils ont donné des conférences, ils ont donné la parole aux grandes compagnies, et puis voilà. Ou plutôt, me voici! En classe, entre les mains des élèves. Omniprésente.

Il était temps : le 21e siècle est presque terminé.

Je peux maintenant remplacer le cahier d’exercices et tout le matériel d’une autre époque.

Imaginez ce que je peux faire. En fait, désolé, mais vous ne le pouvez pas. L’Univers Numérique est illimité. Vous ne pourrez effleurer qu’une infime partie de mes capacités interactives.

Car tout ce que j’offre EST interactif.

Tout.

Imaginez : vous pouvez demander à un élève d’écrire un texto pour donner de la rétroaction à un autre élève qui est en train de faire son oral en classe. JAMAIS cela n’aurait été possible avant. Cet élève n’aurait pas pu écrire la rétroaction sur une feuille et la donner à l’élève après son oral. Impossible.

Et si jamais vous l’aviez fait, cela n’aurait pas été interactif.

Cela aurait été tellement 19e siècle.

Tandis qu’avec moi, quand l’élève envoie un texto, c’est interactif! C’est instantané. Tout le monde peut lire ce texto. Tout le monde peut le commenter. J’espère que vous voyez tout le potentiel interactif que je vous offre.

Je n’ai pas fini.

Imaginez maintenant d’inverser votre classe. Vous donnez aux élèves des documents numériques : des vidéos, des documents écrits, des photos, des animations. Et là, en m’utilisant ils regardent tout cela. Ils sont à la recherche de réponses à des tâches que vous leur avez données.

Ils font cela durant le temps de classe. C’est beau. C’est silence dans la classe. Ils ont tous les yeux rivés sur moi. Ils sont tous dans mon Univers. Vous déambulez dans la classe, et vous guidez les élèves qui ont besoin d’aide. À la fin du cours, vous prenez cinq minutes pour vérifier que vos élèves ont bien compris les tâches demandées.

Et le cours est terminé. Vos élèves ont été actifs. Ils ont interagi à plein. Cela n’aurait jamais pu être possible au Moyen âge : un enseignant n’aurait jamais pu donner des illustrations, des documents, faire venir des comédiens pour illustrer des saynètes dans le but que les élèves colligent des informations et répondent à des tâches. Impossible. Et s’il l’avait fait, cela n’aurait pas été interactif.

Tandis qu’avec moi, c’est interactif.

Est-ce que vous vous rappelez le temps où les élèves devaient lever physiquement la main pour poser une question? Quel effort inutile! En plus, vous deviez exiger des autres élèves le silence, pour que tous entendent la question et, éventuellement, votre réponse.

Cette époque est heureusement terminée. Maintenant, tout le monde interagit dans votre classe. Tout le monde peut envoyer des textos, des dizaines, des centaines de textos par cours! Et tout le monde peut les lire. Et y répondre. Évidemment, tout le monde les lit, et y répond scrupuleusement.

Et dire que l’on a déjà eu un cahier d’exercices en classe. En papier. Il fallait tourner manuellement les pages. Il fallait avoir un crayon et une efface. L’espace physique que tout cela prenait. Sans parler du fait que tous les élèves perdaient systématiques leurs affaires, ou se les faisaient voler.

Aujourd’hui, grâce à moi, vous « poussez » un exercice que vous avez personnalisé et réalisé sur les plateformes de VOTRE choix. Cet exercice comprend des icônes qui bougent, des bouts de vidéo, des écrits, des photos, etc. Et là, le jeune me prend et peut effectuer les tâches que vous lui avez demandées. Il peut répondre sur Messenger (parce que tout le monde est sur Facebook*), Hangouts (parce que c’est Google*), Vibers (pour les fans de sticker*), Line (pour un Skype plus jeune, plus cool*) et ajouter, à sa convenance, des photos, des dessins, des vidéos et il peut même ÉCRIRE!

Sans moi, tout cela aurait été impossible. Imaginez un élève qui, en classe, prend des ciseaux et découpe des journaux, des magazines, et qui colle cela sur une feuille, et fait un collage. Horrible. D’ailleurs, il y a des applications qui font cela (Studio-Scrap 7 de Luxe, par exemple). Mais ses applications ne sont disponibles que sur la tablette. Et quand vous utilisez une application de scrapbooking (qui prend que quelques heures à maitriser) là, vos élèves font de l’interactif. Pas avec de la colle et des ciseaux!

Avec la tablette en main, vos élèves interagissent. Entre eux. Avec vous. Avec l’Univers.

Ce qu’ils ne faisaient pas avant.

« On » a failli les perdre, les jeunes, tous ultras branchés, disparus dans l’Univers numérique sans fin. Et vous, pauvres pédagogues, étiez là, dans le monde réel, à les regarder dans votre classe, pendant qu’eux n’avaient d’yeux que pour leur écran.

Dire que vous avez même tenté de les socialiser, en tissant des liens humains, de leur faire découvrir plusieurs Univers, alors qu’il y en a qu’un Seul, l’Univers Numérique. Dire que vous avez tenté de les instruire, alors que mon Univers Numérique, ultra orienté par les fureteurs COMMERCIAUX qui peuvent les abreuver de connaissances et de compétence. Dire que vous avez essayé de les qualifier, en leur faisant découvrir un monde en changement, alors que le Changement est tout simplement incarné par les nouvelles applications qui pleuvent à toutes les heures sur moi, la tablette. Le Changement, c’est un changement d’applications. Rien d’autre.

Et en plus, vous êtes toujours en train d’apprendre. Apprendre la dernière application à la mode. Qui, au bout d’un mois, s’améliore grâce à une mise à jour majeure. Cela vous pousse à apprendre encore. Et, au bout de six mois, quand vous maitrisez l’application, il y a en a une nouvelle qui fait même la chose, mais en mille fois mieux… Et après avoir laissé tomber vos anciennes applications, vous vous demandez toujours comment vous avez fait pour les utiliser, alors que les nouvelles applications sont tellement meilleures.

Et puis, enfonçons le clou : au 20e siècle, les cahiers d’exercices, les manuels tout le matériel scolaire coutait un prix de fou. Grâce à moi, l’élève m’achète moi une seule fois, et il n’a plus jamais besoin de me racheter. Il peut m’avoir pour le restant de ses jours. Pas comme un manuel scolaire. Le manuel finissait par se détériorer, et il était jeté à la poubelle!

Les manuels scolaires que je procure à l’élève, grâce aux services en ligne des maisons d’édition, coutent des fois la MOITIÉ du prix des manuels d’avant. Ils ne disparaissent jamais non plus. L’élève peut les avoir le restant de ses jours. En payant un abonnement annuel.

Et je fonctionne TOUJOURS! Je n’ai aucun défaut technique. Ma vitre est incassable. L’Air Play fonctionne à merveille (n’oubliez pas d’acheter l’Apple TV).

Moi, je ne coute pas cher. Moi, je suis éternel. Toutes les applications, et tous les manuels numériques sont aussi éternels. Et pas cher.

Et je n’ai pas fini! Avant, l’élève achetait un sac à dos pour transporter tout cela. Aujourd’hui, il a juste besoin de moi. Et comme je suis interactif, je dois être connecté en tout temps à l’Univers Numérique. Et c’est gratuit. Au 20e siècle, il y avait des pédagogues qui dénonçaient le prix de la connexion. Mais, heureusement pour nos écoles, les connexions ne coutent rien. Il ne faut pas de département d’informatiques, de techniciens, d’experts pour gérer tout cela. C’est l’Univers Numérique qui s’en occupe tout seul.

Et, pour finir, la question écologique et sanitaire. Vous vous souvenez de l’époque où les jeunes s’intoxiquaient au plomb (de leur crayon…)?

Heureusement, c’est terminé, cette époque sombre. Moi, si jamais je meurs, je suis entièrement recyclable. Et comme je n’ai pas besoin d’énergie électrique, je ne dégage aucun GES. Aucune étude n’a démontré que les ondes que je dégage ou reçois sont nuisibles aux enfants. C’est d’ailleurs impossible. Le monde Numérique ne peut pas être mauvais. Car il est interactif.

Interactif, unique, branché, pas cher, vert, cool, je suis la tablette. Je suis le 21e siècle (et sans aucun doute le 22e aussi).

Vous n’avez pas le choix de m’avoir : les jeunes ont décidé pour vous, pauvres pédagogues.

Je suis.

Incontournable.

Interactif.

 

Sylvain Larose, enseignant en Univers social au secondaire.

*Les citations proviennent de AndroidPit magasine.

 

 

 

 

 

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