L’enseignement, ça ne s’apprend pas?

On pense souvent que l’enseignement, ça ne s’apprend pas. Tu l’as, ou tu ne l’as pas.

Cette vision du métier d’enseignant, à mon sens quelque peu fataliste, m’étonne toujours, car elle suppose que l’enseignement est un art mystérieux, une compétence occulte qui opère miraculeusement pour infuser la connaissance chez d’autres. Pourtant, la psychopédagogie et la didactique proposent des modèles, des paradigmes et des techniques qui sont éprouvés dans de véritables classes de tous les niveaux, mais leur valeur semble encore contestée. Cette question est donc entière : peut-on, oui ou non, apprendre la profession d’enseignant-e ? Ces deux sciences, enseignées à la formation des maîtres, tendent à développer chez les nouveaux étudiants une culture enseignante scientifique et éprouvée au détriment des improvisations désarticulées dont peuvent avoir l’air certains cours. Néanmoins, pour certains étudiants au BAC, ces deux sciences sont difficiles à différencier, car on prend peu de temps pour le faire. Ce flou est peut-être (hypothèse), l’une des raisons qui engendre un certain désengagement chez ceux qui suivent cette formation. Quelle est donc la différence entre psychopédagogie et didactique? Et qu’apportent ces deux domaines à l’enseignant?

La psychopédagogie est davantage transversale d’une discipline scolaire à une autre. Elle s’intéresse beaucoup à l’aspect psychologique chez l’apprenant (psychoaffectif, cognitif, motivation, métacognition, gestion de classe, …) et contribue beaucoup à l’élaboration de modèle général et transposable.

La didactique, pour sa part, centre son étude sur une matière scolaire (sciences sociales, langues, mathématiques, etc.) et les conditions cognitives nécessaires à son enseignement-apprentissage. De façon concrète, la didactique se demande « Comment enseigner l’histoire », « Comment développer l’esprit critique en sciences sociales?», « Pourquoi enseigner la géographie ? » ou encore « Quel usage faire des jeux vidéo en univers social ? ».

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D’un côté, la psychopédagogie s’intéresse aux conditions et mécanismes d’apprentissages au sens large, de l’autre, la didactique, se préoccupe davantage de l’enseignement d’une discipline en particulier en se centrant sur ce qu’on appel la « relation didactique » qui s’opère entre (1)l’élève et la matière  (apprentissage), (2) l’enseignant et l’histoire (la transposition) et (3) l’enseignant et l’élève (l’intervention ou la médiation) par rapport à l’étude de l’histoire.

Ces définitions et exemples sont bien entendu très limités, mais ils permettent à mon avis de mettre en évidence quelques particularités et différences fondamentales de ces deux disciplines.

Maintenant, si l’on regarde du côté du Programme de formation de l’école québécoise, que peut-on en dire ? S’agit-il davantage d’un programme pédagogique ou d’un programme didactique ? Difficile de trancher. Le PFÉQ est ambitieux et lorsque l’on consulte, dans le programme du secondaire, le chapitre 2 (domaines généraux de formation) et le chapitre 3 (compétences transversales) sont développés dans une perspective psychopédagogique, car ils mettent l’accent sur : la confiance en soi et le développement de ses besoins fondamentaux (p.23), l’appropriation des stratégies liées à un projet (p.24), l’engagement, la coopération et la solidarité (p.29), l’exploitation de l’information (p.36), le développement des méthodes de travail (p.44), etc.

Ces exemples d’objectifs pédagogiques sont propres à la psychopédagogie. Ceci étant dit, lorsqu’on s’attarde aux chapitres disciplinaires (5,6,7,8,9), les objectifs sont beaucoup plus de l’ordre de la didactique. En univers social (7), on demande d’être capable d’interpréter un enjeu territorial, d’interroger une réalité historique dans une perspective historique ou encore de construire sa conscience citoyenne à l’aide de l’histoire. Pour atteindre ces objectifs, il faut une approche didactique, car le questionnement d’une réalité sociale dans une perspective historique est une posture historienne qui nécessite une connaissance de l’histoire, une capacité à transposer les éléments de pensée historique nécessaires et l’élaboration de situation didactique. Atteindre ces objectifs éducatifs ne se fait pas par la simple connaissance de l’histoire et sa récitation. Une connaissance des bonnes méthodes est indispensable.

On se retrouve donc avec un programme mixant principalement deux sciences de l’éducation, mais s’il fallait trancher, j’aurais tendance à dire que notre programme est beaucoup plus didactique (autant en théorie qu’en pratique), car avec l’évacuation de l’évaluation des compétences transversales et l’ajout d’une progression des apprentissages, on centre nos objectifs de formation sur des dimensions proprement disciplinaires (donc didactiques) qui sont obligatoires, parce qu’évaluées, pour l’obtention d’un diplôme et on relègue le reste au second plan.

L’enseignement s’apprend-il? À la lumière de ces considérations, j’aurais tendance à réaffirmer l’importance de la formation universitaire, mais aussi du développement professionnelle (pratiquement absent pour plusieurs raisons) si l’on souhaite remplir les attentes du curriculum et outiller, d’autres choses que d’une connaissance encyclopédique, nos élèves. Donc oui, l’enseignement s’apprend, mais il n’est entier que lorsque mis efficacement en pratique. J’ajoute cette précision, car il ne faudrait pas voir dans ce billet une glorification des sciences de l’éducation qui soit en opposition à l’expérience concrète et empirique des enseignants, mais bien une mise en relation dialogique de ces deux pôles. Les enseignants doivent avoir et saisir les opportunités de contact avec le milieu des sciences de l’éducation alors que les sciences, elles, doivent s’ancrer davantage dans les milieux éducatifs.

Une réflexion sur “L’enseignement, ça ne s’apprend pas?

  1. La psychopédagogie est-elle enseignée pour tous les futurs enseignants ? Est-ce un sujet que l’on peut aborder avec l’enseignant de son enfant âgé de 8 ans diagnostiqué précoce sachant que la maitresse a déclaré qu’elle ne voulait pas aborder le thême psychologique de l’enfant et qu’elle ne voulait que l’on ne discute uniquement des résultats scolaires. Un élève qui révasse en classe ou pas assez attentif, diriez-vous que c’est le versant psy ou le versant résultat scolaire ? Car l’échange va être compliqué !
    Comment un enseignant peut-il parler d’un élève ou un parent de son enfant en ignorant tout ce qui a lien de près ou de loin avec la psychologie ? Comment définir ce qui s’y rattache ( afin de ne pas en parler puisque son enseignante ne concède qu’à vous recevoir qu’à la condition sine qua non que vous le parent n’évoquiez aucun point concernant la psychologie, ceci étant selon elle du domaine de la psychologue scolaire) ou pas sachant que le point de vue n’est sans doute pas soumis à des critères bien définis ? La difficulté également est que la psychologue scolaire refuse de rencontrer l’enfant en classe disant que son enseignante l’a refusé, celle-ci déclarant que tout va bien. Bien que celui-ci ait des difficultés d’apprentissage en classe ( puni souvent ) et qui nécessite des cours de soutien de la part de son enseignante.

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