La jeunesse, les nouveaux médias et la résurgence de l’action politique

Dans une recherche de Kahne, Middaugh et Allen (2014), on tente de mieux comprendre la relation entre les nouveaux médias et l’action politique citoyenne chez les jeunes de moins de trente ans. Les auteurs ont comme postulat que les médias sociaux sont au cœur d’une révolution dans la relation médias-politique, comparable sinon supérieure à ce qu’avait accompli la radio pour Roosevelt et la télévision lors du célèbre débat Kennedy-Nixon. Pour supporter cette thèse, ils s’appuient sur des recherches portant sur les TIC, mais aussi sur des chiffres qui aident à saisir l’ampleur du phénomène web dans le monde de l’information et de l’intervention citoyenne. Par exemple, en 2009, le top douze des meilleurs blogues politiques avait une audience équivalente au New York Times, 80% des sénateurs américains avaient une chaine YouTube et Zynga (une compagnie de jeux vidéos pour appareils portables) avait amassé en 36h plus d’un million en donation pour venir en aide aux victimes du tremblement de terre de Tōhoku au Japon.

Capture d’écran 2015-06-25 à 11.30.23Autre exemple, en novembre 2011, alors que je discutais d’actualité avec mes élèves de quatrième secondaire, je participais, bien inconsciemment, à un phénomène web alors que je visionnais avec eux une vidéo d’un policier usant abusivement du poivre de cayenne sur des étudiants en plein sit-in à l’Université de Californie qui était en train de faire le tour du web et de devenir un symbole de la résistance étudiante face à la violence étatique manifestée par le corps policier.

Ainsi donc, selon l’article, les mouvements collectifs peuvent désormais être le résultat d’actions spontanées relayées par des communautés virtuelles et donner naissance à des initiatives citoyennes indépendantes des partis politiques et regroupements citoyens plus traditionnels, autrefois chiens de garde de la vie politique. Certains moyens de pression citoyens sont par ailleurs devenus plus faciles à déployer qu’ils ne l’ont jamais été. Par exemple, les pétitions peuvent désormais être l’initiative d’une seule personne et récolter des milliers de signatures relativement aisément grâce à des sites comme Avaaz et plusieurs autres.

Des recherches tendent d’ailleurs à démontrer que les jeunes de moins de trente ans participent en ligne à des communautés d’intérêts diverses (sport, jeux vidéos, divertissement, etc.). La participation à ces communautés autrefois impossible pour certains ou accessibles seulement lorsqu’un individu était inscrit dans un club, une association ou une équipe quelconque est désormais facilité. Il semblerait d’ailleurs que la participation à ce genre de communauté d’intérêts prépare, selon des recherches faites dans un contexte « hors ligne », à une plus grande participation citoyenne. Conséquemment, les auteurs supposent que, puisque ces communautés en ligne fonctionnent plus ou moins selon les mêmes codes sociaux (échanges, discussions, débats, négociation des règles, etc.), ils préparent de la même manière à une action politique outillée.

Si les médias sociaux et le web semblent pour ces auteurs être désormais incontournables dans la vie politique du 21e siècle, ceux-ci relèvent néanmoins un certain nombre de risques.

  1. Tout d’abord, la multiplication des perspectives individuelles s’accompagne d’une diminution des « filtres de crédibilité » traditionnellement assurés par les maisons d’édition, les journalistes et les médias dits crédibles. Pour moi, la porte semble grande ouverte pour l’enseignant d’aujourd’hui, particulièrement en histoire, pour que celui-ci saisisse cette nouvelle réalité et la mette au cœur de sa pédagogie. Apprendre à utiliser ce que l’on regroupe sous l’appellation de TIC de manière critique me semble aller de pair avec la mission qu’a l’enseignant d’histoire de développer le sens critique grâce à la méthode historique.
  2. Ensuite, la tendance qu’a internet à favoriser les messages courts, simples et aisément diffusables peut-elle éventuellement simplifier à outrance des problèmes sociopolitiques complexes et nuancés? Encore une fois, l’école me semble être le lieu par excellence pour aborder avec les élèves cette difficulté que soulèvent les auteurs et permettre le dépassement des « grands titres » et des 140 caractères twitter.
  3. De plus, la confusion qui, pour certains, peut naitre entre l’expression et l’influence politique est aussi un enjeu. Si la tendance est à la diffusion des idées, n’y a-t-il pas un risque que l’action politique ne se limite qu’à l’expression publique de ses priorités individuelles sans considération pour la mise en place des moyens nécessaires pour acquérir l’influence politique essentielle au changement?
  4. Finalement, il y a bien sûr « l’envers de la médaille ». Ces médias sociaux et outils web qui semblent déjà avoir intégré, du moins en partie, les mœurs des plus jeunes citoyens sont aussi de puissants outils pour les corporations et les gouvernements qui veulent diffuser leurs messages, mais aussi (et plus inquiétant encore) collecter de l’information confidentielle sur les masses (une pratique omniprésente, surtout chez les géants comme Apple, Facebook et Google).

Au final, cet article scientifique est très intéressant pour tous ceux qui s’intéressent aux TIC. Principalement pour l’enseignant de sciences sociales qui y trouvera matière à réflexion. Pour ma part, il s’agit là d’un incitatif à intégrer l’éducation aux nouvelles technologies au sein de mes cours d’histoire (mais aussi de l’éducation au sens large) qui eux-mêmes visent à outiller les citoyens de demain grâce à l’apprentissage d’un mode de pensée historienne. Un objectif essentiel que rappelle bien cet article publié récemment dans le devoir.

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