Système scolaire et reproduction sociale.

En septembre 2011, Le Devoir écrivait :

« Ce sont 49 % des Québécois qui ont des difficultés de lecture, qui cherchent à éviter les situations où ils ont à lire et, lorsqu’ils parviennent à décoder une phrase, qui n’en saisissent pas forcément le sens. »

Étonnant? C’est donc dire qu’un Québécois sur deux n’est pas en mesure d’utiliser la lecture pour poursuivre son éducation et le développement de sa culture personnelle ou encore, simplement pour s’informer dans les médias. Comment une société démocratique peut-elle fonctionner lorsque l’on considère que la moitié des citoyens qui la composent est pratiquement illettrée? La liberté de choix, tant sociale, politique, économique qu’individuelle, est une valeur centrale des sociétés capitalistes et néolibérales dans lesquelles nous vivons, mais nous sommes en droit de nous questionner sur ce concept de liberté lorsqu’on sait que près de 50% des gens qui votent et luttent pour préserver cette valeur ne sont pas en mesure de se documenter adéquatement pour faire des choix éclairés.

Comment peut-on se retrouver dans une telle situation? Il semble que nous acceptions ce genre de fait (l’analphabétisme d’une partie de la population dans le cas qui nous concerne) comme un fatalisme, une conséquence issue de la hiérarchisation de notre société qui s’inscrit dans une logique de méritocratie. Après tout, pourquoi remettre en question notre système alors que nous réussissons dans celui-ci?

Pierre Bourdieu, sociologue français du Xxe siècle, prétend d’ailleurs que l’école à longtemps contribué (et peut-être continue-t-elle à le faire) à la reproduction sociale et à sa légitimation.  L’université par exemple, en attribuant des titres (agrégée, docteur, polytechnicien, ingénieur, etc.) et en distribuant des diplômes, contribue à séparer ses ressortissants en leur conférant un statut particulier plutôt qu’un autre. Il critique aussi sévèrement le souci pédagogique pratiquement inexistant des universités et remet en question la relation sacrée qu’on y développe face au savoir. Selon lui, les intérêts de l’État ont une influence sur l’orientation qu’une certaine élite souhaite donner au système d’éducation et le système d’éducation influe à son tour sur l’élite qui un jour gouvernera à son tour.

Constat? Ces deux pôles sociaux que sont l’État et l’École sont intiment liés et c’est entre autres ce qui explique que les structures sociales et scolaires (la notion de hiérarchie et d’autorité par exemple) sont aussi similaires. Cette mécanique n’est pas plus consciente qu’inéluctable. Il s’agit sans doute, nous dirait Bourdieu, du résultat de nos habitus de classe.

Comment permettre ne serait-ce que la remise en question de ce système? Il s’agit sans doute d’une mission difficile. Il faut à la fois que la société politique et les acteurs éducationnels mettent en place des objectifs de développement des outils intellectuels nécessaires. Pour ce faire, l’alphabétisation de la moitié des Québécois fonctionnellement analphabète (ou à tout le moins celle de leur relève) doit devenir une priorité.  Christianne Blaser a publié une thèse sur la fonction épistémique de l’écrit (2007) et soutient que l’apprentissage du français ne doit pas se limiter à la classe de français à l’école. Cette thèse soutient d’ailleurs qu’actuellement au Québec, la perception qu’ont les enseignants de leur contribution au développement de la lecture et de l’écriture est potentiellement erronée.

L’apprentissage du français et le développement de l’esprit citoyen critique doivent devenir des combats multidisciplinaires au sein de notre système scolaire. Il en va de de la santé de notre démocratie et de l’avenir de la citoyenneté populaire.

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